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1857

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Théodore BANVILLE

Fille de la clarté, Muse aux regards vermeils, Ouvre les yeux. Que font dans l'éther les soleils ? Ils gravitent. Que fait l'Océan vaste ? Il broie Les navires de l'homme en rugissant de joie.

Et le tonnerre ? Il gronde. Et l'aigle immense ? Il fond Sur la brebis, du haut du ciel clair et profond, Et l'emporte à son aire. Et le lion ? Il plante Ses fortes dents parmi la chair vive et sanglante.

Et le doux rossignol ? Blessé cruellement Par sa fleur, il la chante avec ravissement Et retourne au buisson d'épines. Et la rose, Que fait-elle du flot d'ambroisie ? Elle arrose

La terre de parfums et les grands cœurs d'amour. Et le penseur ? Il vient à la clarté du jour Pour secouer devant la foule intimidée Ton glaive de lumière, inexorable Idée !

Et le poëte auguste ? Il tourne son flambeau Vers la Beauté, sa foi, qu'on a mise au tombeau, Et se penchant sur elle avec mélancolie, Il relève en pleurant cette image avilie.

Et l'impuissant, ô Muse ? Il vit, fier de railler Et de mentir. C'est bien, Muse, allons travailler.

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