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1884

Musique française

Théodore BANVILLE

Où vous en allez-vous encore ? Vous ne vous reposez jamais, Pâles voyageurs que décore La blanche neige des sommets.

Franchissant les collines bleues Et les fleuves démesurés, Vous avez fait cent mille lieues Sous les vastes cieux azurés.

Vous avez subi des épreuves, Tourmentés comme les roseaux, Et parmi vos barbes de Fleuves S'envolent des petits oiseaux.

Où vous en allez-vous encore ? Dans vos yeux sont associés L'éclat rougissant de l'aurore Et le froid reflet des glaciers. —

Nous fuyons, troupeau qui s'effare Sous le fouet des exils amers, Et dans la nuit cherchant un phare, Nous traversons les grandes mers.

Nous enjambons la triste lande. Nous avons dit : Allons-nous-en ! Nous nous en allons vers l'Islande, Où l'on trouve peut-être Han.

Vers la Pologne, vers l'Afrique ! Notre effréné caprice y va. Tout là-bas, vers l'Inde féerique Où règne le sanglant Siva !

Enchanteurs du monde physique, Nous sommes les marchands de sons, Les compositeurs de musique, Et nous nous évanouissons ;

Nous disparaissons dans la brume, Sur la Jung-Frau, sur les Balkans, Et dans la Sicile où s'allume La gueule rouge des volcans ;

Nous nous en allons chez les Kurdes (Vaucorbeil, tu nous le paieras !) Et dans tous les pays absurdes, Faire jouer nos opéras.

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