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1871

Monstre vert

Théodore BANVILLE

De Moltke est assis. Triste, il bout Dans ses colères anxieuses. Près de lui se tiennent debout Deux guerrières silencieuses.

L'une est plus pâle que la Mort. Sa main en fuseau se termine, Et, les dents longues, elle mord Le vide. On la nomme Famine.

L'autre est terrible à voir. Rampants, Sifflants, tordant leur annelure Sur son front, un tas de serpents Hideux lui sert de chevelure.

Son visage effroyable est vert ; Et flamboyant sur ses dents plates, Dans sa bouche, rictus ouvert, Volent trois langues écarlates.

Une Gorgone sur le sein, Chimère qui semble vivante, Elle a dans ses mains le tocsin Funèbre : on la nomme Épouvante.

Le général, dont les douceurs Sont au-dessus de tout éloge, Lève ses yeux vers les deux sœurs, Et tour à tour les interroge.

Famine, dit-il, apprends-moi Si les Parisiens se rangent. Non, répond la Stryge. O mon roi, Je n'ai pas de bonheur. Ils mangent !

Problème profond comme un puits ! Ils mangent ! C'est de la féerie, S'écrie alors de Moltke. Puis Interpellant l'autre Furie,

As-tu su les pousser à bout, Guerrière, de serpents couverte ? Demande-t-il. — Moi ? pas du tout, Lui répond la figure verte.

Seigneur, le but n'est pas atteint ! Ils ont vu (cela m'ensorcelle) Que j'étais faite en papier peint, Et que vous teniez ma ficelle !

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