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1857

MÉDITATION

Théodore BANVILLE

On écrivait naguère, en ces temps romantiques Où les chants de Ducis étaient des émétiques, Où, sans pourpoint cinabre, on se voyait banni ; Où prudhomme, ventru comme une calebasse,

Était jeté vivant dans une contre-basse Pour avoir contesté les vers de Hernani. On écrivait, tandis que maintenant on gèle. Où sont les Antony, les Ruy-Blas, les Angèle,

Et ces jours, morts hélas ! Où Frédérick, faisant revivre Aristophane, Sous le mépris des sots et la robe d'un âne Cachait tragaldabas !

On écrivait, au sein de l'antique Bohème Où le chat de Mimi brillait sur le poëme, Où Schaunard éperdu, dédaignant tout poncif, Si quelqu'un devant lui vantait sa pipe blonde,

Lui répondait : " j'en ai pour aller dans le monde Une plus belle encore, " et devenait pensif. Aujourd'hui Weill possède un bouchon de carafe, Arsène a des maisons, Nadar est photographe,

Véron maître-saigneur, Fournier construit des bricks de papier, et les mâte, Henri La Madelène a fait du carton-pâte : Lequel vaut mieux, seigneur ?

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