On écrivait naguère, en ces temps romantiques
Où les chants de Ducis étaient des émétiques,
Où, sans pourpoint cinabre, on se voyait banni ;
Où prudhomme, ventru comme une calebasse,
Était jeté vivant dans une contre-basse
Pour avoir contesté les vers de Hernani.
On écrivait, tandis que maintenant on gèle.
Où sont les Antony, les Ruy-Blas, les Angèle,
Et ces jours, morts hélas !
Où Frédérick, faisant revivre Aristophane,
Sous le mépris des sots et la robe d'un âne
Cachait tragaldabas !
On écrivait, au sein de l'antique Bohème
Où le chat de Mimi brillait sur le poëme,
Où Schaunard éperdu, dédaignant tout poncif,
Si quelqu'un devant lui vantait sa pipe blonde,
Lui répondait : " j'en ai pour aller dans le monde
Une plus belle encore, " et devenait pensif.
Aujourd'hui Weill possède un bouchon de carafe,
Arsène a des maisons, Nadar est photographe,
Véron maître-saigneur,
Fournier construit des bricks de papier, et les mâte,
Henri La Madelène a fait du carton-pâte :
Lequel vaut mieux, seigneur ?