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1888

Margot

Théodore BANVILLE

Grosse Margot, blanche nourrice, Qu'adorait, en son fier caprice, Le bon rimeur Villon, Sur toi, sa conquête et sa proie

Et le navire de sa joie, Flotte son pavillon ! En son âme dévotieuse, Il t'estimait plus précieuse

Que de l'or en lingot Et, mieux qu'une chair de princesse, Il aimait et choyait sans cesse Ton sein, grosse Margot !

Si bien qu'en ta jupe de laine, Immortelle comme une Hélène, Ravis, nous te voyons Avec ta glorieuse allure,

Et que ta lourde chevelure Est pleine de rayons. Lui, le génie, et toi, la gouge, Vous buviez à flots du vin rouge,

Plein de rubis ardents, Fleurant comme des violettes, Et la pourpre des gouttelettes Ruisselait sur tes dents.

Maintenant, ô perle des filles, Tu resplendis encor, tu brilles, Comme de l'or moulu, Lorsque sur du cuivre on l'applique,

Par cette raison sans réplique : Ton François l'a voulu. Oui, ce grand Villon t'a choisie, Comme un dieu de la poésie,

Recueillant son butin, Choisit la fille de Tyndare ; Car il chantait comme Pindare, A Paris, près Pantin !

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