La Muse est divine, et sans cesse Charme le jour. Elle restera ma déesse Et mon amour.
Jamais celle que j'ai suivie Ne m'a lésé. Mais, certes, lutter pour la vie Est malaisé.
Ah ! sous le rouge crépuscule Du ciel en feu, Le meilleur lutteur fut Hercule, Esclave et dieu.
Car agile en ses peccadilles Comme les faons, Il faisait à cinquante filles Cinquante enfants.
Prolixité digne d'envie ! Puissant gala, De pouvoir prodiguer la vie A ce point-là !
Mais songer à soi-même, vivre, Est déjà fort, Si bien que parfois on est ivre De cet effort.
Au Paris de la rive gauche, Sur les coteaux Persiste encore la débauche Des Flicoteaux.
Plus d'un jeune mélancolique, Ivre de grec, Y meurtrit sa dent famélique Sur un bifteck.
Mais, ô lutte sourde et hagarde ! Fuyant repas ! Le bifteck, pareil à la garde, Ne se rend pas.
Tel esquisse, en mots d'une lieue, Des Ménélas Héros d'une histoire sans queue Ni tête, hélas !
Le clown, dans une triste fête Content de peu, Orne d'un toupet bleu sa tête. Oh ! pourquoi bleu ?
Près des vieux aux lourdes paupières, Tristes et soûls, Vois, les pierreuses, dans les pierres, Vont, pour deux sous.
Et c'est la même coqueluche Dans le ruisseau Que sur les coussins de peluche Couleur ponceau.
Torgnole, fuyant comme un lièvre Et lasse enfin, Vend le froid baiser de la fièvre Et de la faim.
Et de même, Anna que mignote Son vieux lion, Avec ses quenottes grignote Un million.
Pour toute l'humanité blême Oh ! que rêver ? C'est toujours l'unique problème : Ne pas crever.
L'Homme obéit, l'Or est le maître De ce valet, Et c'est bien l'Être ou ne pas être Du prince Hamlet.
Et toi qui n'as pas de colère, O doux rimeur, Puisque tu n'obtiens pour salaire Qu'une rumeur ;
Puisque la salle où se goberge Trimalcion, Te dédaigne, comme l'auberge, Trime, alcyon !
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