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1884

Les Robes

Théodore BANVILLE

La pitié, dont vivent les drames, Je la trouve à la note bé Qui fait suite à L'Ami des Femmes, Comme un joyau, du ciel tombé.

O triste envers d'un art folâtre ! Je le demande avec Dumas : La Vertu peut-elle au Théâtre Dire tranquillement : Tu m'as ?

L'actrice que le succès porte, Est-elle souvent ce que fut Mademoiselle Delaporte, Quand l'amour la guette à l'affût ?

Ah ! la vertu n'a rien qui glace L'esprit au vol aérien ; Elle est partout bien à sa place, Et la neige ne tache rien.

Même en sa vie impétueuse, L'actrice au mérite éprouvé Peut certes rester vertueuse. Plus d'une femme l'a prouvé.

Sagesse ! tu ne lui dérobes Rien de son rêve créateur. Cependant, qui paiera les robes ? Quoi ! sera-ce le directeur ?

Bon. Je le crois. Même sans preuves. Mais devant ce tragique effet, On verra tout à coup les fleuves Remonter leur cours stupéfait.

Dérogeant aux anciennes règles Et domestiqués loin du jour, On pourra voir les sombres aigles Picorer dans la basse-cour,

Tandis qu'au-dessus de nos foules S'élançant en plein ciel vermeil, Les humbles canards et les poules S'évaderont vers le soleil !

Et sans écouter les murmures Du vent, symphoniste et bourreau, On cueillera des pêches mûres Sur les cimes de la Jung-Frau !

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