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1878

Les Oiseaux

Théodore BANVILLE

O mère, que toujours adore mon orgueil ! Ma pensée en rêvant s'envole jusqu'au seuil De la maison riante où la nuit tu reposes. Là je te vois, devant le mur vêtu de roses,

Ou sous les arbres dont le feuillage mouvant Pleure, et dans le matin frissonnant et vivant Tu vas, animant tout de ta grâce infinie. Ma nourrice au beau front, mon âme, sois bénie !

Ce n'est qu'un songe, hélas ! Entre nous, ô tourment ! Sont les villes sans nombre et leur bourdonnement, Le temps, les nuits, les jours, le silence, l'espace, Les collines, les bois, les cieux, le vent qui passe.

Mais les oiseaux légers, voyant que je suis loin De mon nid, les oiseaux rapides auront soin De saluer, fuyant vers la lumière, celle Dont la vaillance dans mes yeux d'or étincelle.

Ils diront : Comme nous, l'humble poëte obscur Est un esprit ailé qui s'en va dans l'azur. Prêtons à ce rimeur nos chansons fraternelles. Pour l'an qui vient, il nous en fera de plus belles,

Car les abeilles d'or voltigent sur son front Et sur sa bouche. Puis, mère, ils regarderont L'aurore qui se lève et le jour qui va naître, Et, joyeux, ils viendront voler sur ta fenêtre.

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