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1888

Les Fontaines

Théodore BANVILLE

Les fontaines, les fontaines S'élancent en gerbes hautaines Et, lumineuses, jaillissent Et de leurs feux s'enorgueillissent.

Leur triomphe se décore De ton fluide éclat d'aurore, Embrasement qui nous berces, Et montre des couleurs diverses.

Comme en des apothéoses Elles montent, vertes et roses, Ou bien refont leurs toilettes Jaunes, lilas et violettes.

Avec leurs beautés récentes, Les fontaines phosphorescentes, Dont le doux éclat flamboie, Emplissent nos yeux de leur joie.

Leurs adorables féeries, S'éblouissant de pierreries, Mêlent, pour charmer l'artiste, Le rubis avec l'améthyste.

Que votre eau superbe et claire Se précipite en sa colère, Et croisez vos incertaines Lueurs, ô fontaines, fontaines !

Les fontaines en délire, Ainsi qu'une orageuse lyre Dont la corde se courrouce, Chantent dans la nuit pâle et douce.

Dans votre gloire ingénue, Vous montez vers la blanche nue Par des élans grandioses, Fontaines qui roulez des roses !

Splendeurs que l'ombre importune, En vos jets baisés par la lune, Dont les blancs luisants ruissellent, Mille diamants étincellent.

Divinement somptueuses, Vous brillez, eaux voluptueuses, Comme l'acier clair d'un glaive, Et vous êtes des fleurs de rêve.

Car vos grands et purs calices Ont plus de suaves délices, Plus de tendresse et de flammes Que les chers désirs de nos âmes.

O flots jaillissants, lumières, Caresses de roses trémières, Votre beau vol énergique Est fait pour la forêt magique,

Et l'amazone Hippolyte Blonde comme une chrysolithe, Écouterait, près d'Athènes, Les mélodieuses fontaines.

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