Ces mortes que la brise effleure De leurs chevelures voilées, Ces mortes blanches, tout à l'heure C'étaient des femmes violées.
Sur leur front triste et sur leur face, Le vent caressant qui se joue, De son aile tremblante efface Vos baisers de sang et de boue.
O Prussiens, ô capitaines ! Tout à l'heure ces femmes pâles Suppliaient vos lèvres hautaines Avec des sanglots et des râles ;
Et vous, les mains de sang tachées, Gais, meurtrissant chaque victime, Devant leurs mères attachées, Vous avez froidement… O crime !
A l'heure où vos fils à l'œil sombre Pleureront aux lueurs des lampes, Où la Mort posera dans l'ombre Son doigt de marbre sur vos tempes,
Vous les reverrez, ces martyres Qui, la prunelle encor vivante, Sous vos caresses de satyres Se débattaient dans l'épouvante !
Oui, ces cadavres et ces folles, Tendant leurs longues mains d'ivoire, Contre vous alors, sans paroles Témoigneront dans la nuit noire.
Et Dieu, dans la voûte étoilée, Ne verra votre âme anxieuse Qu'à travers l'horrible mêlée De leur troupe silencieuse.
Montrant au ciel qui les regarde Leurs ventres souillés, vos amantes, Foule hâve, morne, hagarde, Tordront leurs lèvres écumantes.
Plus blanches qu'une aile de cygne, Elles vous montreront, vous dis-je, D'un doigt vengeur qui vous désigne ; Et vous, par un affreux prodige,
Au fond de leurs foules obscures, Dans les ombres visionnaires Vous apercevrez les figures De vos filles et de vos mères !
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