Dans la fumée affreuse et noire,
Ayant du sang jusqu'aux genoux,
Il nous faut suivre la Victoire
Sans regarder derrière nous !
O mon vaillant frère, pardonne !
Moi, je me sens désespérer,
Car tu meurs, et je t'abandonne.
Ah ! du moins, laisse-moi pleurer.
Non ! car je meurs ivre de joie !
Va, suis là-bas nos tirailleurs
Que le canon blesse et foudroie ;
Je n'ai pas besoin de tes pleurs.
Mon sang inonde les clairières ;
Mais, ô jour longtemps souhaité !
J'en vois naître ces deux guerrières,
La Vengeance et la Liberté !
Mais tu t'en vas, si jeune encore !
Frère, ce qui remplit mes yeux
Ce n'est pas la nuit, c'est l'aurore.
Va combattre. Je suis joyeux.
Une douce lèvre fleurie
Sans doute eût béni ton retour !
Ma fiancée est la Patrie !
Qu'elle ait mon dernier cri d'amour !
Et plus tard, dans ta maison close,
Des enfants, beaux comme des lys,
T'auraient tendu leur bouche rose.
Ceux-là qui vaincront sont mes fils !
Que l'azur sur leurs têtes brille !
Ils vont me suivre et me venger.
On n'a ni maison ni famille
Sous le talon de l'étranger.
Et ta mère, au front angélique !
Orpheline par mon trépas,
Je la lègue à la République.
Va donc, et ne me pleure pas.
Je ne pleure plus, je t'envie !
Exhale en paix d'un cœur fervent
Le dernier souffle de ta vie !
Le clairon t'appelle. En avant !