Skip to content
1871

Le Mourant

Théodore BANVILLE

Dans la fumée affreuse et noire, Ayant du sang jusqu'aux genoux, Il nous faut suivre la Victoire Sans regarder derrière nous !

O mon vaillant frère, pardonne ! Moi, je me sens désespérer, Car tu meurs, et je t'abandonne. Ah ! du moins, laisse-moi pleurer.

Non ! car je meurs ivre de joie ! Va, suis là-bas nos tirailleurs Que le canon blesse et foudroie ; Je n'ai pas besoin de tes pleurs.

Mon sang inonde les clairières ; Mais, ô jour longtemps souhaité ! J'en vois naître ces deux guerrières, La Vengeance et la Liberté !

Mais tu t'en vas, si jeune encore ! Frère, ce qui remplit mes yeux Ce n'est pas la nuit, c'est l'aurore. Va combattre. Je suis joyeux.

Une douce lèvre fleurie Sans doute eût béni ton retour ! Ma fiancée est la Patrie ! Qu'elle ait mon dernier cri d'amour !

Et plus tard, dans ta maison close, Des enfants, beaux comme des lys, T'auraient tendu leur bouche rose. Ceux-là qui vaincront sont mes fils !

Que l'azur sur leurs têtes brille ! Ils vont me suivre et me venger. On n'a ni maison ni famille Sous le talon de l'étranger.

Et ta mère, au front angélique ! Orpheline par mon trépas, Je la lègue à la République. Va donc, et ne me pleure pas.

Je ne pleure plus, je t'envie ! Exhale en paix d'un cœur fervent Le dernier souffle de ta vie ! Le clairon t'appelle. En avant !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Mourant · Théodore BANVILLE · Poetry Cove