Skip to content
1884

Le Mot

Théodore BANVILLE

Mer… — Je m'arrête, ô flot amer ! Il ne faut pas que l'on se targue D'allonger ton nom, vaste mer, Ainsi que l'a fait monsieur Margue.

Cette boutade, on la connaît. Hélas ! plus d'un Français l'imite, Ignorant que quand la borne est Franchie, il n'est plus de limite.

Les romanciers font des romans Et les dramaturges, des drames Où, bien mieux que les nécromants, Ils lisent dans les cœurs des femmes.

Sans cesse, (ou la Chronique ment,) Les députes en leur enceinte Causent, et réciproquement S'abreuvent de fiel et d'absinthe.

D'autres, ô ciel, pour allier Tout ce que ton lapis tolère, Confondent l'art du joaillier Avec le style épistolaire.

Tous ces buveurs de riquiqui, Afin d'agrémenter leurs proses, Abusent parfois du mot qui… Mais respirons l'odeur des roses !

Or tout à coup dans le tableau Apparaît, devant leur front sombre, Effrayant comme à Waterloo, Un soldat, un fantôme, une ombre.

Les cheveux dans un coup de vent, Le grand général de la garde Se plante, menaçant, devant Ses copistes, et les regarde ;

Et laissant des mots outrageants Tomber de sa bouche funèbre : Çà, dit-il, tas d'honnêtes gens, Qu'on me rende le mot célèbre !

Nos puristes, craignant le heurt, Avec des airs de bon apôtre Disent : Ah ! oui, La garde meurt… Non, leur répond Cambronne, L'AUTRE !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Mot · Théodore BANVILLE · Poetry Cove