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1888

Le Lys

Théodore BANVILLE

Étouffons le chagrin cuisant Et les peines qui nous meurtrissent : Portons haut nos cœurs, à présent Que les orgueilleux lys fleurissent !

Coupe sereine, ô chaste lys Où le regard du soleil entre ! Corps délicieux de Cypris ! Blancheur superbe de son ventre !

Le beau lys, pour son coup d'essai, Efface le cygne et l'ivoire ; Il est mieux vêtu que d'Orsay Et que Salomon dans sa gloire.

Il règne, avec ses pistils d'or Dans sa magnifique structure : Pourtant, il ne s'est pas encor Occupé d'une filature.

Splendide en son riche attirail, Tu le sais, rayon qui le baises, Il n'exécute aucun travail, Pas même celui des trapèzes.

Noble épouvantail des méchants Dont l'âme est toujours mercantile, Le lys que ravissent les chants, Ignore la prose inutile.

Pareil au marbre que Scyllis Taillait d'un ciseau grandiose, Il se contente d'être lys Et ne sait pas faire autre chose.

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