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1884

Le Lion

Théodore BANVILLE

Tandis que déjà voulant naître, Et tout bas me dictant des vers, Le bleu Printemps, qui nous pénètre, Gonfle ardemment les bourgeons verts ;

A cette heure où tout le bocage Est en pleine rébellion, Je voyais marcher dans sa cage, De long en large, le Lion.

Il allait, un rayon qui passe Dans ses cheveux d'or ayant lui, Comme s'il avait eu l'espace Ouvert tout entier devant lui.

Comme sur la plage marine Où les flots jettent leur concert, Il ouvrait sa large narine Pour humer le vent du désert.

On eût dit qu'il cherchait la vague Et le mugissement du flot, Et son long rugissement vague Avait la douceur d'un sanglot.

Il marchait d'un pas circulaire Et, près de toucher la cloison, Il se retournait, sans colère, Et repartait dans sa prison.

Raillant sa démarche rapide, Les spectateurs, en son essor, Trouvaient cet animal stupide, Avec sa chevelure d'or.

Un bourgeois disait : Il me glace. Oh ! que ne puis-je lui parler ! Que ne demeure-t-il en place, Puisqu'il ne peut pas s'en aller ?

Et de rire, dans l'auditoire. Un autre disait : Tu me plais, Marche encor, monstre ambulatoire ! Moi, comme je le contemplais,

Dans la face de cet Achille Ignorant le cruel Paul Bert, Je crus voir briller l'œil tranquille Et le clair regard de Flaubert.

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