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1892

Le Guitariste

Théodore BANVILLE

Joue encor, bon guitariste, Joue un fandango très fou. Oh ! mon âme est triste, triste, Comme un oiseau dans un trou.

Joue un fandango très fou, Voltigeant comme une plume. Comme un oiseau dans un trou, Le souvenir me consume.

Voltigeant comme une plume, La Danse a les pieds légers. Le souvenir me consume, Je pleure en mes yeux rongés.

La Danse a les pieds légers Et les jupes envolées. Je pleure en mes yeux rongés Par trop de larmes salées.

Et les jupes envolées, C'est le rouge éclair vainqueur ! Par trop de larmes salées J'ai senti noyer mon cœur.

C'est le rouge éclair vainqueur, Gracia joue et s'élance. J'ai senti noyer mon cœur Dans la nuit et le silence.

Gracia joue et s'élance, Vois briller son front charmant. Dans la nuit et le silence Je soupire affreusement.

Vois briller son front charmant Dans l'or de sa chevelure. Je soupire affreusement. Oh ! la cuisante brûlure !

Dans l'or de sa chevelure Une fleur se fane un peu. Oh ! la cuisante brûlure ! C'est dans ma poitrine en feu.

Une fleur se fane un peu. Où donc gémit le fleuriste ? C'est dans ma poitrine en feu. Joue encor, bon guitariste.

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