Skip to content
1871

Le Cavalier

Théodore BANVILLE

Il est bien las, le vieux cheval ! Après les fêtes sans pareilles De son féroce carnaval, Il a du sang jusqu'aux oreilles.

A présent que ses durs sabots Ont piétiné dans la tuerie Et qu'il s'est soûlé de tombeaux, Il lui faudrait son écurie.

Il regarde les vastes cieux, Extasié comme un bon moine, Et lourd, immobile, anxieux, Il soupire après son avoine.

Il rêve au gazon vert du parc Où le flot argenté ruisselle ; Mais son vieux cavalier Bismarck Sur son dos se remet en selle.

Pâle, dans le flanc du coursier Que serrent ses genoux, il entre Son cruel éperon d'acier ; Il lui laboure son vieux ventre.

L'écuyer, roide et sans défaut, Qui dans les entrailles lui plante Ce fer, dit : Crève s'il le faut, Mais poursuivons l'œuvre sanglante.

Pour que nos vieux cœurs allemands Se repaissent de funérailles, Viens fouler sous tes pieds fumants Des cervelles et des entrailles.

Écume et déchire ton mors ! Mais toujours, comme nous le sommes, Soyons des faiseurs de corps morts : Crève, mais foule aux pieds des hommes !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Cavalier · Théodore BANVILLE · Poetry Cove