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1871

La République

Théodore BANVILLE

La République est jeune et fière Et ne punit que les bourreaux ; Elle marche dans la lumière. La République est un héros

Dont le monde entier verra luire Le front magnifique et vermeil. Les monstres qu'elle veut détruire A la clarté du grand soleil,

C'est d'abord toi, pâle Misère, Qui mets ta main sur notre flanc, Comme un aigle sa rude serre, Et qui bois notre meilleur sang !

Et c'est toi, fantôme aux bras rouges, Que la pensée a su flétrir Et qui déjà croules et bouges, Vieil Échafaud, qui vas mourir !

La République magnanime Qui, pour sauver de leur enfer Les peuples mourants qu'on opprime, Trouve des canons et du fer,

Accueille les mères bénies, Et, baissant ses yeux triomphants, A des tendresses infinies Pour les femmes et les enfants.

La République fraternelle, Qui veut accomplir son mandat, Pour garder la Ville éternelle Se fait terrassier et soldat ;

Sous la bombe et les incendies Elle est au poste du danger ; Et quand de ses villes hardies Elle aura chassé l'étranger,

Levant vers le ciel diaphane Un clairon dans sa forte main, Elle sonnera la diane Pour éveiller le genre humain !

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