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1888

La Pluie

Théodore BANVILLE

Ce temps-là ne m'a pas déplu Et son rhythme obstiné me grise. Mais, chers amis, comme il a plu ! Comme l'atmosphère était grise !

Lorsqu'elle tombe drue encor Et que le soleil la traverse, Alors la pluie est tout en or Et sa longue chanson me berce.

Puis le rayon vermeil, avec Fierté, s'enfuit comme une flèche. Selon le beau symbole grec, Danaé, c'est la Terre sèche.

Sans qu'on lui reproche aucun tort, Meurtrie et toute malheureuse, Elle se tourmente et se tord, Comme une personne amoureuse.

Elle cherche en vain le repos, Car elle brûle. Mais la pluie D'or, vient caresser à propos Cette princesse qui s'ennuie.

Il fera bon pour l'Opéra, Puisqu'à mars juillet s'assimile ; Dans les théâtres, on fera, Comme au cœur de l'hiver, six mille.

Dans le mystérieux éther Où sa fantaisie est diverse, Du grand ciel d'en haut, Jupiter A plu, j'ose le dire, à verse.

Il est venu dans cet air bleu Qu'il inonde, orage ou rosée, Et, tout de bon, la Terre en feu Peut dire qu'elle est arrosée.

Qu'elle trouve une douce voix La pâle victime qu'on tente ! Mais par exemple, cette fois, Si Danaé n'est pas contente !…

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