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1857

La Nuit

Théodore BANVILLE

A cette heure où les cœurs, d'amour rassasiés, Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles, Entends-tu sur les bords de ce lac plein d'étoiles Chanter les rossignols aux suaves gosiers ?

Sans doute, soulevant les flots extasiés De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles, Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers ?

Vois-tu, du fond de l'ombre où pleurent tes pensées, Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées, Moins pâles de la mort que de leur désespoir ? Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,

Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu'à ta bouche.

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