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1884

La Fourmi et la cigale

Théodore BANVILLE

Laure, belle entre les grasses, Qui porte avec mille grâces Les diamants, Sans jamais en être vaine,

Trouve qu'elle a trop de peine Et trop d'amants. Elle dit : Je me fatigue De tout ce luxe prodigue,

De tous ces ors. Tout cela, c'est trop d'affaire, Et je ne sais plus que faire De mes trésors.

Chacun a la fantaisie De goûter à l'ambroisie De mes baisers. Ils arrivent des deux pôles,

Et les lys de mes épaules En sont usés. Ils me disent trop de phrases. D'ailleurs, j'ai trop de topazes

Et de rubis. Faut-il donc les mettre en poudre, Ou, plus simplement, les coudre Sur mes habits ?

Telle se désole, en prose, Laure, pareille à la rose Qui resplendit. Elle se moque d'un prince

Et d'un banquier. Mais la mince Irma lui dit : Je n'ai rien dans mon armoire, Car les satins et la moire

Se vendent cher, Et si, l'hiver, je frissonne, C'est que j'ai sur ma personne Trop peu de chair.

Si les faiseurs de tapages Ont mis trop d'or sur les pages De ton roman, Ne jette pas tout, ma belle,

Dans les boîtes de Poubelle, Et donne-m'en !

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