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1884

La Croupe

Théodore BANVILLE

Si les femmes, êtres vainqueurs, N'avaient rien de faux que leurs cœurs, Nous ririons ; mais voyez ces groupes De fausse croupes !

Jadis elles n'ont fait qu'ombrer La jupe ; on les voit encombrer Maintenant de leur masse accrue Toute la rue.

Souvent ces fausses croupes m'ont Troublé ; la moindre a l'air d'un mont Et, lorsque nous marchons, elle entre Dans notre ventre.

Les femmes, au bas de leur dos, Sans effort portent ces fardeaux, Qui, s'élançant de leur échine, Vont jusqu'en Chine.

Que recouvrent ces plis bouffants, Aussi gros que des éléphants ? Rien, peut-être, à petite dose, Ou peu de chose.

Un Tiens, Ninettes et Lauras, Vaut bien mieux que deux Tu l'auras. Ce bloc ne disant rien qui vaille, L'esprit travaille.

Laissant derrière elle un sillon, Ainsi qu'un vol de papillon, Cette mouvante fausse croupe Semble une poupe.

Quand je la vois, se soulevant Avec orgueil, je crains souvent Qu'elle ne cache, feinte amère ! Une chimère.

Mais nous pouvons, rêveurs déçus, Poser quelques objets dessus, Ainsi que sur une console. Cela console.

Ah ! parfois, en avons-nous ri ! L'homme des classiques nourri, Quand cette croupe se recourbe, Songe à la fourbe

De ce monstre fait à plaisir Dans un récit, que le désir De ne jamais se taire amène Chez Théramène !

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