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1846

La Chanson du Vin

Théodore BANVILLE

Parmi les gazons Tout en floraisons Dessous les treilles, J'écoute sans fin

La chanson du Vin Dans les bouteilles. L'Ode à l'Idéal Au fond du cristal

Coule embaumée. La strophe bruit, Et, limpide, suit Sa sœur charmée.

Les nectars vermeils Chantent les soleils De la jeunesse, Et tous les retours

Qui font nos amours Pleins de tristesse ; Et le dieu cornu, Le beau guerrier nu,

Dans les mêlées, Qui guide en rêvant Des femmes au vent Échevelées ;

Le dieu des pressoirs Qui, sous les pins noirs Du mont Ménale, Fait, pendant la nuit,

Courir à grand bruit La bacchanale ! Et le tambourin Des vierges sans frein

Dans leurs querelles, Qui, loin des regards, Dans les bois épars S'aiment entre elles ;

Et le chœur dansant Qui, rouge, et versant Dans son délire Le sang et le vin,

Brise le devin Avec sa lyre ! Le Nectar nous dit : O vous qu'engourdit

La Poésie, Plus de vains sanglots ! Buvez à mes flots La fantaisie.

Ne réservez plus Vos vœux superflus Et vos tendresses Pour les impudeurs

Et pour les froideurs De vos maîtresses. Nos claires prisons Montrent aux raisons

Évanouies L'âme des couleurs, Du rhythme et des fleurs Épanouies !

Nos secrets plaisirs, Nés dans les loisirs, Ont à s'accroître, Pour les sens domptés

Plus de voluptés Que ceux du cloître. Mais fuis, jeune élu, Le bois chevelu,

Le flot rapide Et l'antre secret Où te rencontrait L'Aganippide !

Le thyrse est levé. Dans le lieu trouvé Pour les mystères, Hurlent de fureur

Les vierges en chœur Et les panthères. Privé de tombeaux, L'impie en lambeaux

Meurt comme Orphée. Dans l'onde à la fois Sa lyre et sa voix Pleure étouffée,

Tandis qu'au lointain Bondit, le matin, Toute rougie, En vociférant

Sur l'indifférent, La sainte Orgie !

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