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1846

L'Âme de la Lyre

Théodore BANVILLE

Quand le premier sculpteur eut achevé la Lyre Et caché dans son sein les chants harmonieux ; Ouvrier sans défaut, lorsqu'il eut fait sourire Parmi ses ornements les figures des Dieux,

Et qu'il eut couronné l'instrument de martyre Avec le vert rameau d'un laurier radieux ; L'indomptable Titan, à son désir fidèle, Qui, tout brûlant encor, vers la voûte éternelle

Une seconde fois, tentait de s'envoler, Fit, pareil au vautour qui devait l'immoler, Tomber sur le chef-d'œuvre une blanche étincelle Du feu resplendissant qu'il venait de voler.

C'est l'âme de la Lyre ; à notre âme invisible Elle se plaint souvent loin du monde réel, Souvent, dans une étreinte amoureuse et terrible, Vient la brûler aux feux de son œil immortel ;

Et, captive à jamais dans le rhythme inflexible, Elle aspire sans cesse à remonter au ciel. Elle meurt du désir qui toujours la dévore Dans la froide prison des mètres et des vers,

Et tâche, l'œil perdu parmi les cieux ouverts, D'entendre encor la voix de cet archet sonore Qui, si loin du désert où ses chants vont éclore, Mène dans l'infini le chœur de l'univers.

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