Ô mon âme, ma voix pensive, Ô mon trésor échevelé, Mon myosotis de la rive, Mon astre, mon rêve étoilé !
Mon amour, ma blanche sirène, Calice d'argent où je bois, Ô ma jeune esclave, ô ma reine, Mon poëme à la douce voix !
Pourquoi, mon bel ange sans aile, Folle enfant qui me caressez, Pourquoi donc êtes-vous si belle Avec vos longs cheveux tressés ?
Oh ! Quand dans nos lointaines courses, Sous l'abri des feuillages verts Nous allons cueillir près des sources Des pâquerettes et des vers,
Pourquoi le ciel bleu sur nos têtes Met-il son manteau de saphir, Et pourquoi la campagne en fêtes Rit-elle au souffle du zéphyr ?
Pourquoi dans la petite chambre, Lorsque tout bruit lointain se fond, L'air est-il comme imprégné d'ambre, L'eau pure, le divan profond ?
Enfant, sais-tu quelle puissance Nous enveloppe d'un regard, Et quels mots, de leur ciel immense, Nous disent la nature et l'art ?
La nature nous dit : poëtes, À vous mes ruisseaux et mes prés, À vous mon ciel bleu sur vos têtes, À vous mes jardins diaprés !
À vous mes suaves murmures Et mes riches illusions, Mes épis, mes vendanges mûres Et mes couronnes de rayons !
L'art nous dit : à vous mes richesses, Mes symboles, mes libertés, Mes bijoux faits pour les duchesses, Mes cratères aux flancs sculptés !
À vous mes étoffes de soie, À vous mon luxe armorial Et ma lumière qui flamboie Comme un palais impérial !
À vous mes splendides trophées, Mes Ovides, mes Camoëns, Mes Glucks, mes Mozarts, mes Orphées, Mes Cimarosas, mes Rubens !
Eh bien ! Oui, l'art et la nature Ont dit vrai tous les deux, à nous La source murmurante et pure Qui me voit baiser tes genoux !
À nous les étoffes soyeuses, À nous tout l'azur du blason, À nous les coupes glorieuses Où l'on sent mourir la raison ;
À nous les horizons sans voiles, À nous l'éclat bruyant du jour, À nous les nuits pleines d'étoiles, À nous les nuits pleines d'amour !
À nous le zéphyr dans la plaine, À nous la brise sur les monts Et tout ce dont la vie est pleine. Et les cieux, puisque nous aimons !
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