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1861

Inviolata

Théodore BANVILLE

Avec ces traits harmonieux, pareils A ceux des Nymphes pures, Et ce teint rose et ces anneaux vermeils Entre les chevelures,

Avec les noirs sourcils et les grands cils Dont l'ombre solennelle Se joue, orgueil de tes regards subtils, Sur ta vague prunelle,

Ta beauté, lys exalté, vêtement Joyeux, que rien n'offense, Garde, malgré l'épanouissement, Comme un duvet d'enfance.

Telle Artémis éveille les chasseurs Dans la forêt sonore Et parmi nous tu n'as pas d'autres sœurs Que la neige et l'aurore.

Pareille aux Dieux, dont le généreux flanc, Qu'un parfum rassasie, Sentait courir sous la chair, non du sang, Mais un flot d'ambroisie,

On voit frémir un rayon embaumé Sur ton sein d'héroïne, Et l'on sent bien que ton corps est formé D'une essence divine.

Comme Cypris, qui porte un ciel d'amour Dans son âme étoilée, Et qui, malgré ses délires d'un jour, Demeure inviolée,

Cruelle et rose et répandant l'effroi, Femme au front de Déesse, Tu sais que rien ne peut faner en toi L'immortelle jeunesse.

Tu vois nos maux d'un œil indifférent, Car tes attraits insignes Sont invaincus plus que l'eau du torrent Et la plume des cygnes ;

Et tant d'amours, hélas ! faits pour flétrir Leur fraîcheur matinale, O mon trésor, n'ont pas pu défleurir Ta grâce virginale.

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