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1842

II

Théodore BANVILLE

Viens à moi, dit-elle, Oh ! Viens sur mon aile, Dans un pays d'or Qu'un nectar arrose,

Où tout est fleur rose, Joie, amour éclose, Plaisir ou trésor ! Mes sujets par troupes

Dans le fond des coupes Aspirent l'oubli ! Là jamais de nue, D'amour contenue,

De foi méconnue Ou de front pâli ! Jamais dans la salle Belle et colossale

De lustres éteints, Car dans nos demeures, Tandis que tu pleures, Les jours et les heures

Sont tout aux festins ! Une longue danse Entoure en cadence L'éternel repas.

La danseuse penche Doucement sa hanche, Et sa robe blanche S'ouvre à chaque pas !

Les foules ravies Aux tables servies Des plus riches mets, Parmi la paresse

Où l'amour les presse, Goûtent une ivresse Qui ne meurt jamais ! Un harem frivole

Dont le chant s'envole Jusqu'au ciel riant, Pour sa grande orgie Hurlante et rougie

À la Géorgie Et tout l'Orient ! Quitte, ô blond poëte, La couche défaite,

Ce livre connu, Et viens dans la plaine Où sous ton haleine Chaque Madeleine

Mettra son sein nu ! Oh ! Si l'espérance Malgré ta souffrance Te sourit encor,

Va ! Laisse pour elle Ta folle querelle, Et viens sur mon aile Dans un pays d'or !

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