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1884

Grâce !

Théodore BANVILLE

Taisez-vous, reines à l'œil clair ! C'est assez de propos en l'air Et d'épigrammes ; Vous troublez notre bon repas.

O femmes, ne nous dites pas De mal des femmes ! Vous traînez Ève dans le jour, Et vous nous dites que l'Amour

A des calices Où tout est fiel et trahison. Laissez-nous boire ce poison Avec délices !

Dans votre discours, où tout nuit, La brune, pareille à la nuit, Et sa sœur blonde Et la rousse au front décevant

Sont fuyantes comme le vent Et comme l'onde. Avec votre babil d'oiseau, Sans cesse vous nous dites, au

Clair de la lune : Les femmes ne font rien de bien ; Je sais qu'elles ne valent rien, Car j'en suis une !

C'est par elles que le cœur vit ; Car tout en elles nous ravit, Lys, neige et rose, Et nous les servons à genoux.

Il suffit que le rien pour nous Soit quelque chose. Nous les mêlons à nos destins ; Nous les aimons sous les satins

Et sous les moires, Et notre raison les absout, Et nous ne voulons pas du tout De vos Mémoires.

Laissez là vos jeux biseautés. Respectez un peu des beautés Qui sont les vôtres, Et surtout ne dégoûtez pas

Les autres de ces fiers appas. C'est nous, les autres !

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