Le jour où, dans l'ambition D'orner la ville déjà verte, A Paris, l'Exposition Universelle s'est ouverte,
Cependant que l'on voyait sur Notre ciel qui n'est plus morose Briller les coupoles d'azur, Un humoriste dit à Rose :
Toi, dont on adore à genoux Les cils et la paupière blonde, Vois, nous centralisons chez nous Toutes les merveilles du monde.
Nous avons les pays charmants, Toutes les Indes et les Chines, Les vertigineux diamants, Les peintures et les machines.
Pour oublier les maux subis, Nous avons des fêtes hautaines ; La chrysoprase et les rubis Coulent dans le flot des fontaines.
Sœur de la sage Dalila, Sur nos glorieux territoires Chacun apporte ce qu'il a, Des ors, des argents, des ivoires.
Eiffel (on ne saurait nier Qu'il gagnera de fortes sommes) Expose une tour, et Garnier Les habitations des hommes.
Qui donc sous les feuillages verts Expose dans l'air qui frissonne ? Tous les mortels de l'univers. Et qui donc est absent ? Personne.
Mais toi, Rose, dont les desseins Ont un appétit grandiose ; Toi qui sur les bouts de tes seins Laisses voir des boutons de rose ;
Toi qui, ne craignant aucun choc, Sembles superbement taillée A coups de ciseaux dans le roc, Et pourtant, si bien détaillée ;
Toi, délice et régal du jour, Dont la robe, sans que tu puisses L'en empêcher, avec amour Dessine ton ventre et tes cuisses ;
Femme dont les cheveux épars Sur ton épaule et sur tes hanches Roulent à flots de toutes parts, Comme de noires avalanches ;
Triomphe adorable et vermeil, Être à la blancheur liliale, Dont la lèvre brille au soleil Comme une pourpre impériale ;
Toi, Rose, ange, femme et bandit, Charmeresse aux regards de flamme, Qu'exposeras-tu donc ? — Moi ? dit Rose, j'exposerai — mon âme !
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