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1884

Escrime

Théodore BANVILLE

Chez nous l'Éternel Féminin A pris un essor léonin. Les femmes les plus délicates Sont avocates.

D'autres, ayant le charme empreint Sur leur front, dont nous n'avions craint Que les œillades assassines, Sont médecines.

Celles-là, dont le vent mutin A follement, dès le matin, Baisé les boucles et les tresses, Sont les peintresses.

Celles-ci, cœurs inexpliqués, Mettent en rhythmes compliqués Leurs mélodieuses tristesses De poétesses.

D'autres par l'esprit le plus fin Nous ravissent. D'autres enfin, Et certes ce n'est pas un crime Font de l'escrime.

Elles en font même très bien. Carolus Duran ne sait rien Vraiment que désormais ignore Ninette ou Laure.

Ces tireurs, qu'Amour effleurait, Tiennent maintenant le fleuret, Enchaînant avec mille charmes Leurs phrases d'armes.

Que n'as-tu pu voir, ô Balzac ! Leurs ripostes du tac au tac, Leur jeu correct et leur mimique Académique !

Aussi bien que l'homme hideux, Elles savent faire : Une ! Deux ! Quant à leurs attaques d'allonge, C'est comme un songe !

Qu'elles mènent agilement Les changements d'engagement ! Quand un homme est leur adversaire, Mon cœur se serre.

Car bien vite mécontenté, Il est toujours au fond tenté De tomber aux pieds de ce sexe Et, tout perplexe,

Il se sent devenir poltron A voir frémir sous le plastron, Comme une cruelle épigramme, Un sein de femme.

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