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1861

En silence

Théodore BANVILLE

Oui, lève encor ton sourcil noir ! Oui, puisque tu le veux, j'oublie Ce vin amer du désespoir, Ce vin noir dont j'ai bu la lie,

Et tranquillement je m'enivre Du bonheur de te sentir vivre. Mon cœur brûlé d'un long souci, Tu le veux, s'emplira de joie.

Laisse-moi me coucher ainsi A côté du coussin de soie A fleurs d'or, où ton pied se pose Fier, avec ce talon de rose !

Laisse-moi regarder longtemps En silence, comme un avare, Tes grands cheveux, d'or éclatants, Ta prunelle, ce joyau rare

Qu'une frange noire protège, Et ton sein ! et ton sein de neige !

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