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1846

Élégie

Théodore BANVILLE

Tombez dans mon cœur, souvenirs confus, Du haut des branches touffues ! Oh ! parlez-moi d'elle, antres et rochers, Retraites à tous cachées !

Parlez, parlez d'elle, ô sentiers fleuris ! Bois, ruisseaux, vertes prairies ! O charmes amers ! dans ce frais décor Elle m'apparaît encore.

C'est elle, ô mon cœur ! sur ces gazons verts, Au milieu des primevères ! Je vois s'envoler ses fins cheveux d'or Au zéphyr qui les adore,

Et notre amandier couvre son beau cou Des blanches fleurs qu'il secoue ! Sur mon bras frémit son bras ingénu, Et frissonne sa main nue.

Le feuillage est noir, le ciel étoilé, Viens, suivons la noire allée ! La belle-de-nuit s'ouvre toute en feu, La voûte du ciel est bleue.

Écoutez, ma mie, au coin du vieux mur, Le rossignol qui murmure. Chante ta chanson, ô doux rossignol ! Ta chanson qui nous console,

Et que pour toi seul, à côté du lys, La rose ouvre son calice ! Des yeux tant aimés tombe un divin pleur Sur ma tempe qu'il effleure.

O larme d'amour, trésor sans pareil ! Dites-moi si je sommeille ? Qui t'envoie, hélas ! charmant souvenir, Briser mon cœur qui soupire ?

Hélas ! je suis seul dans ces bois épars Où résonnaient les guitares. Une illusion, songe évanoui, Charmait mon âme éblouie.

Je fatigue seul le flot de cristal, L'herbe où la fleur d'or s'étale, L'antre et la fontaine où croît le glaïeul, Et ma voix fatigue seule

La forêt tremblante et l'azur du lac De ma plainte élégiaque !

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