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1873

Double Ballade des sottises de Paris

Théodore BANVILLE

C'est un étrange bacchanal Dans ce Paris vraiment baroque Où règne le petit journal, Et qu'une drôlesse provoque

En lui laissant voir sous sa toque Des cheveux d'un cuivre vermeil Comme le bon or qu'elle croque. Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Être probe est original Dans cette Babel équivoque Où, malgré le Code pénal, Chacun suit les mœurs de l'époque ;

Où Scapin remplace Archiloque, Mais où Pindare, aux Dieux pareil, Souperait d'un œuf à la coque. Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Dans ce pêle-mêle vénal, Qu'est-ce que l'honneur ? Une loque Pour amuser le tribunal, Qu'agite, pendant son colloque,

L'avocat, soufflant comme un phoque. Le pauvre juge, en son sommeil, Entend ces cris de ventriloque. Moi, j'en ris, les jours de soleil.

La Bête au regard virginal Que tout millionnaire invoque, Prodigue son amour banal Et chacun s'en emberlucoque.

C'est pour elle qu'on se disloque, Et tous les cœurs sont en éveil Dès que frémit sa pendeloque. Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Au sein d'un tumulte infernal Ce sont partout glaives qu'on choque, Torches qui servent de fanal, Mépris solide et réciproque,

Mensonges que la Haine évoque, Idiots dont on prend conseil, Maîtres qu'on flatte et qu'on révoque : Moi, j'en ris, les jours de soleil.

Comme une image d'Épinal, Flamboie en sa riche défroque Devant le café Cardinal Ce cruel Paris, qui se moque

Des sauvages de l'Orénoque, Et dont le superbe appareil Indignait Thomas Vireloque : Moi, j'en ris, les jours de soleil.

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