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1888

Désarmement

Théodore BANVILLE

Désarmer ? Oui, ce bruit-là court, Je sais qu'on a conté ce conte. Églé, qui doit l'arrêter court ? Vous, dont il faut bien tenir compte.

On parle de désarmement ! Sans nulles paroles railleuses, On rangerait, pour le moment, Les canons et les mitrailleuses.

Ainsi, tout sera bien réglé Pour tranquilliser les empires. C'est bon. Mais cependant, Églé, Que ferez-vous de vos sourires ?

Car, Déesse, vos fiers appas Et vos beautés et tous vos charmes, Ainsi qu'on ne l'ignore pas, Sont les plus redoutables armes.

Jeune guerrière aux sombres yeux, Que ferez-vous de l'arc farouche De vos sourcils mystérieux Et des braises de votre bouche ?

O vous dont on craint l'œil subtil Et qui triomphez dans les villes, Dites-le-nous, en sera-t-il De vous comme des vaudevilles,

Et verra-t-on les fiers accords Que la grâce des attitudes Fait saillir sur votre beau corps, Remplacés par des platitudes ?

Celle qui vit à ses genoux Le jeune Adonis comme Anchise, Avait bien moins d'armes que vous ; Et, je le dis avec franchise,

Charmeresse, Ève ou Dalila, Dût l'Europe en être alarmée, Tant que vous aurez ces yeux-là, Je ne vous vois pas désarmée.

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