Désarmer ? Oui, ce bruit-là court,
Je sais qu'on a conté ce conte.
Églé, qui doit l'arrêter court ?
Vous, dont il faut bien tenir compte.
On parle de désarmement !
Sans nulles paroles railleuses,
On rangerait, pour le moment,
Les canons et les mitrailleuses.
Ainsi, tout sera bien réglé
Pour tranquilliser les empires.
C'est bon. Mais cependant, Églé,
Que ferez-vous de vos sourires ?
Car, Déesse, vos fiers appas
Et vos beautés et tous vos charmes,
Ainsi qu'on ne l'ignore pas,
Sont les plus redoutables armes.
Jeune guerrière aux sombres yeux,
Que ferez-vous de l'arc farouche
De vos sourcils mystérieux
Et des braises de votre bouche ?
O vous dont on craint l'œil subtil
Et qui triomphez dans les villes,
Dites-le-nous, en sera-t-il
De vous comme des vaudevilles,
Et verra-t-on les fiers accords
Que la grâce des attitudes
Fait saillir sur votre beau corps,
Remplacés par des platitudes ?
Celle qui vit à ses genoux
Le jeune Adonis comme Anchise,
Avait bien moins d'armes que vous ;
Et, je le dis avec franchise,
Charmeresse, Ève ou Dalila,
Dût l'Europe en être alarmée,
Tant que vous aurez ces yeux-là,
Je ne vous vois pas désarmée.