On demande pourquoi tu ris ? Je le sais, moi, si tu l'ignores, Pauvre Muse qui sur Paris Agites ces grelots sonores !
Ah ! devant ce qu'on nous fait voir (L'esprit a sa délicatesse !) Il faut rire de désespoir Et chasser la noble Tristesse.
Le temps est venu, — c'en est fait, Votre règne chez nous commence, Dieux que l'on adore en effet, O froid Délire, et toi, Démence !
Dans cet âge, plus ambigu Que l'Ambigu de monsieur Faille, Où le bon sens est exigu, Je crains désormais qu'il ne faille,
En eussent-ils la crampe aux reins Et mille fourmis dans le torse, Mettre à tous nos contemporains Une camisole de force.
Car le sens du bien et du mal Disparaît, et, comme il s'efface, L'absurde est notre état normal : Pile est synonyme de : Face !
Que dit à présent le goût ? — VÆ VICTIS ! — Et Plessy, comme Febvre, Montre un bijou, dont Legouvé Malheureusement fut l'orfèvre.
Voici que, d'un air folichon Clignant ses petits yeux de braise, L'antique Mère Godichon Veut évincer La Marseillaise ;
Une cocotte de gala, Dont les attraits déjà trépassent, Dit en lorgnant : Ces femmes-là ! A propos des dames qui passent ;
Macaire célèbre Sion Sur le sistre et sur la viole : Ailleurs, la Prostitution Crie aux passants qu'on la viole !
Bobèche, sur qui resplendit L'or des badauds qu'il a su traire, Prend Orphée à part et lui dit : Tu n'es pas assez littéraire !
Je vois, flambant comme un tison, L'article d'un fier patriote Ennemi de la trahison, Signé… Judas Iscariote !
Polichinelle signe : Éros, Et, comme fils de Carabosse, Donne au divin Antinoos Le conseil de rentrer sa bosse ;
Le voleur, tenant des tromblons, Dit au volé : Rends-moi ma somme ! Et le nègre a des cheveux blonds. J'en pleure et tout ceci m'assomme.
Comme le blanc se prétend noir Et de nos pauvres yeux se joue, Vérité, brise ton miroir ! J'ai peur, quant à moi, je l'avoue,
Qu'arrêtant le céleste essieu, Torquemada, monstre effroyable, Ne veuille damner le bon Dieu Et ne canonise le diable ;
Que Rothschild ne meure de faim, Que le tigre ne fonde en larmes, Et que Lacenaire à la fin Ne fasse arrêter les gendarmes !
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