En passant auprès du bassin
Où le flot s'enfle comme un sein,
L'oiseau neigeux m'ayant fait signe,
J'approchai bien vite, et sur lui
Comme un rayon d'or avait lui,
Je dis à ce beau Cygne : Cygne !
Buvant le ciel aérien,
Blanc voyageur, tu ne fais rien.
C'est vainement que l'on t'épie.
Être de neige, comme un lys,
Te suffit, ô Cygne, tandis
Que nous faisons de la copie.
Va chercher une entrave ailleurs !
Imite les bons travailleurs :
Le Bœuf superbe qui laboure,
Ou l'Âne, heureux d'avoir marché,
Qui, sur son dos, porte au marché,
Des légumes, et que l'on bourre.
Et nous-mêmes, sans nous vanter,
Vois, nous ne savons qu'inventer
Pour montrer notre humeur folâtre.
Romantiques impénitents,
Nous écrivons, de temps en temps,
Quelque farce, pour le théâtre.
Que diable ! escrime-toi, voyons,
Autrement que dans les rayons !
Tel, mû par le désir insigne
Et rempli d'opportunité
D'entrer dans la modernité,
Je gourmandais le nommé Cygne ;
Mais l'oiseau de neige et de lys,
Plus blanc que le sein de Laïs,
L'oiseau divin qui, sur la ville
Regarde l'astre à son déclin,
Me dit : Ne fais pas le malin
Et soigne tes rimes, Banville.