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1884

Chez M. Caro

Théodore BANVILLE

Le gai soleil, goutte à goutte, Ruisselle par un carreau Dans la chambre où l'on écoute Le cours de monsieur Caro.

Les coquettes anxieuses, Les femmes au cœur aimant Sont toutes délicieuses ; Le professeur est charmant.

Frêles mains souvent chantées, Prunelles de fin velours Qui se baissent, enchantées, Sous de grands cils presque lourds ;

Merveilleuses chevelures Dont l'or à nos âmes nuit, Ou bien dont les annelures Sont plus sombres que la nuit.

Profils aristocratiques D'un grand style essentiel, Et petits nez socratiques Évaporés vers le ciel ;

Chastes fronts d'apothéoses, Lèvres où le désir bout, Claires, sanglantes et roses Le froid soleil baise tout.

Le magicien qui berce, Exempt de sévérité, Ces curieuses, leur verse Le vin de la vérité.

Il leur dit le grand problème Et le mot du rêve obscur, Et l'avenir qui sort, blême Et tremblant, du sombre azur.

Mais comme Ève est une chatte Plus vive qu'un feu follet, Ainsi que dans une jatte Une chatte boit du lait,

Cependant qu'avec largesse Il précipite son chant, Elles boivent la sagesse Très vite, en se pourléchant.

Et quand elles sont bien saoules Du vrai quintessencié, Ces vertigineuses foules, Ce peuple licencié,

Ces fidèles, que décore Un bel air de repentir, Ont l'air d'avoir soif encore ; Cependant il faut partir.

Lorsqu'après ces boustifailles, Sous les gracieux habits Et les satins et les failles Il faut compter ses brebis,

Fronts d'or, mines enfantines, Rougeurs des beaux petits doigts, Lys purs, lignes serpentines, Tout, tout célèbre à la fois,

Rayons, cassures d'étoffe Et chastes blancheurs de peau, Amour et le Philosophe Bergers du même troupeau.

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