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1856

Chant séculaire

Théodore BANVILLE

Notre Eldorado, Mes amis, enfin doit éclore : Malgré mon bandeau, Je vois une nouvelle aurore.

Aux cieux extasiés Tout est pourpre et rosiers : Voici l'heure, ô sainte colère ! De chanter le chant séculaire :

Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus ! O sombres penseurs Forts et seuls comme les grands chênes,

O vierges nos sœurs, Tendres lys brisés par des chaînes ! Laissez le saint amour Éclater au grand jour,

Car Cypris, la pâle captive, A lavé son front dans l'eau vive : Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus !

Tout ce qu'on pleura, Dévouement, liberté, génie, Tout refleurira Pour le règne de l'harmonie :

L'art sera dévoilé Comme un ciel étoilé, Et la Muse, pareille aux femmes, Chantera ses épithalames :

Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus ! Je vois les doux vers Rejaillir en strophes écloses,

Et des arbres verts Un miel pur couler dans les roses. Les Grâces vont pieds nus Sur les monts chevelus

Et leur pas dans les fleurs naissantes Guide en chœur les vierges dansantes : Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus !

L'Auguste Beauté A quitté les bois de Cythère ; Son calme enchanté Resplendit sur toute la terre,

Et le mal abattu Sous ses pieds meurt vaincu. Nous tenons sans honte et sans fièvres L'Idéal vivant sous nos lèvres :

Les temps sont venus Pour les Dieux inconnus !

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