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1884

Carême

Théodore BANVILLE

Le mardi-gras, ayant pu voir, Le long du boulevard, trois masques Et deux tout petits à l'œil noir Agitant des tambours de Basques ;

De plus, en habit vermillon Ayant vu trois joueurs de trompe Exécuter leur carillon, Comme on sonne, quand on se trompe ;

Mortifiant ses sens domptés, Guy, dont les sentiments sont tendres, Pour expier ces voluptés A fait son mercredi des cendres.

Sur une chaise en bois de teck, Il mangea des pommes de terre, Mais qui n'étaient pas au beefteck, Dans une chambre solitaire.

Puis il monta, le long du Bois, Un cheval, une ombre, une ellipse, Mince, effaré, pâle, aux abois, Et sorti de l'Apocalypse.

Puis, dans une exposition Très intéressante, où deux nègres Se promenaient sans passion, Il alla voir des dessins maigres.

Le soir, son esprit se peupla D'effrois ; il alla dans le monde Et très longuement contempla Une dame extrêmement blonde.

N'offrant nulle prise à l'enfer, Elle était mince et transparente ; On aurait dit un fil de fer Sans nulle saillie apparente.

Rentré chez lui, Guy lut des vers Très sages, dont jadis nous rîmes, Purs de tout ornement pervers Et même dénués de rimes.

Tel, évitant même l'esprit, Que toujours Alphonse Karr aime, Guy, dont la douceur me surprit, A bien commencé le carême.

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