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1884

Bibliographie

Théodore BANVILLE

Longeant les murs seigneuriaux Des hôtels dont Paris s'honore, Les lourds, les sombres chariots Défoncent le pavé sonore.

Ils encombrent la rue. Où fuir ? O triste revers des ribotes ! Voici leurs longs tuyaux de cuir Et leurs hommes à grandes bottes.

Le vent glacé dans nos cheveux Met des caresses dérisoires. On voit briller de rouges feux Parmi des tas de choses noires.

Les chariots exorbitants, Sans attendre que Paris dorme, Ainsi que des Léviathans L'offensent de leur masse énorme.

Qu'emportent-ils ? N'écrivons là Aucun mot que le goût rature. Tiens ! c'est bien malin ! c'est de la… Non, c'est de la LITTÉRATURE !

Oui, ce qui naguère engraissait La Terre où naîtra, de fleurs ivre, Le délicieux Avril, c'est Ce qu'on nomme à présent : UN LIVRE.

Les lourds chariots, pleins de bruit, Roulent, hideux, sous la rafale, Épouvantant l'ombre et la nuit, Et de leurs sombres flancs s'exhale…

O corolles faisant le guet Au bord du ruisseau qui murmure ! Aubépine rose et muguet ! Buissons verts où rougit la mûre !

O pâquerettes du chemin, Où foisonnent des gouttelettes ! O lys, chèvrefeuille et jasmin ! Âmes des tendres violettes !

C'est vainement que Sumatra Devant nos rimes s'extasie : Hélas ! l'avenir nous mettra Le nez dans notre — poésie.

Car tous braves comme Créquy Et vainqueurs du dégoût morose, Nous nommons bravement ce qui N'est pas la rose : pas la rose.

O déesse en qui tout est pur, Chaste Nature aux sacrés voiles, A la chevelure d'azur, Dont le front est criblé d'étoiles ;

Nous te regardons sous tes reins Sans pudeur réactionnaire ; Nous explorons les souterrains Aveugles du dictionnaire ;

Et par ces temps d'humidité Où le brouillard nous environne, On raille ta timidité, Pâle euphémisme de Cambronne !

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