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1888

Bastille

Théodore BANVILLE

Tandis que tu t'envoles Dans les cieux bénévoles Mieux que ta sœur Babel, O tour Eiffel,

La Bastille s'élève De nouveau, comme en rêve. C'est bien. Mettons dedans Les imprudents.

Donnons-lui ces critiques Aux vagues esthétiques, Faux comme des jetons. Amis, jetons

Dans sa gueule vorace Les tribuns, dont la race Ne vaut pas même un tiers De monsieur Thiers !

Que bien vite elle avale Leur troupe sans rivale, Dont les moins longs discours Ne sont pas courts !

Qu'elle mange et dévore Le fabricant sonore Des poëmes qu'on sert Dans un concert !

Mettons-lui dans la gueule Non Margot toute seule, Mais tous les régiments De ses amants.

Et l'étranger baroque Débarqué, vers l'époque Où tombe le grésil, D'un faux Brésil,

Et ces crétins sans nombre Dont les nez font une ombre Épouvantable sur Le chaste azur !

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