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1884

Balzac

Théodore BANVILLE

O toi dont l'œuvre qu'on admire Est comme un lac Où notre humanité se mire, Divin Balzac !

Oui, nous dresserons ta statue, Roi des esprits, Auguste et de splendeur vêtue, Dans ton Paris.

Alors, ô sculpteur de colosses Jamais ployé, Contre qui tant de vils molosses Ont aboyé ;

Géant, chevelu comme un arbre Tendant ses bras, Dans l'immortalité du marbre Tu revivras !

Tu riras au ciel qui t'azure ! Et de la main Tu désigneras la masure, Le flot humain,

Et mille femmes, et le lustre Des clairs palais, Et tout ce qui vit, fils illustre De Rabelais !

Et dans son sublime délire, A nous, lassés, Roi, ta bouche semblera dire : Hommes, passez.

Passez, amours, colères, foule Dont les sanglots Se lamentent comme la houle Parmi les flots !

Mais dans le sacré sanctuaire Où l'esprit bout, Moi l'Ouvrier, le Statuaire Toujours debout ;

O foules pâles et meurtries, Moi l'Inspiré Qui de mes mains vous ai pétries, Je resterai.

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