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1873

Ballade sur lui-même

Théodore BANVILLE

Assembleur de rimes, Banville, C'est bien que les chardonnerets Chantent dans les bois de Chaville ; Mais veux-tu chez les Turcarets

Emplir ton coffre et tes coffrets ? Plante là ton rêve féerique ! C'est bien dit, mais je ne saurais, Je suis un poëte lyrique.

Je puis encor charmer la ville Avec la flûte de Segrais ; Mais exercer un art servile, Comment l'oserions-nous, pauvrets !

Si je le pouvais, j'aimerais La toile-cuir et l'Amérique, Mais de quoi servent les regrets ? Je suis un poëte lyrique.

Mon allure est trop peu civile. Toujours (autrement je mourrais,) Fuyant toute besogne vile, Je retourne aux divins retraits,

Comme, fuyant l'impur marais, A travers la nue électrique L'oiselet retourne aux forêts ; Je suis un poëte lyrique.

Prince, voilà tous mes secrets, Je ne m'entends qu'à la métrique : Fils du dieu qui lance des traits, Je suis un poëte lyrique.

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