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1873

Ballade pour les chanteurs

Théodore BANVILLE

Soyons sérieux ou bouffons, Mais chantons ! Luth ou flageolet, C'est par là que nous triomphons, Prenant les âmes au filet.

Lion fauve, doux agnelet Et rochers à qui maintes fois Orphée en leur langue parlait, Tout cède au charme de la voix.

Jeannettes que nous attifons, Lindors triés sur le volet, Banquier maniant ses chiffons, Soudard tenant son pistolet,

Moine disant son chapelet, Amour qui de ses petits doigts Sans façon nous prend au collet, Tout cède au charme de la voix.

Chantons sous les ardents plafonds Où l'or pompeux met son reflet, Ou dans les bocages profonds Comme fait le rossignolet,

Mais chantons ! Duc ou Jodelet, Orgueil indomptable des rois Et fillette à l'esprit follet, Tout cède au charme de la voix.

Prince, je suis votre valet ! Vous aimez Lyse, je le vois ; Eh bien, chantez ! car, s'il vous plaît, Tout cède au charme de la voix.

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