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1892

Ballade de Banville

Théodore BANVILLE

Oui, cher rimeur, faisons des vers pour rien, Pour le plaisir, comme jadis Caussade Tuait, suivant un bon historien. Vive Thalie et sa douce embrassade !

Chantons ! contons comme Schéhérazade ! Que nos oiseaux divins s'élancent vers L'azur céleste et charment l'univers ! Drame, sonnet, farce, idylle, épopée,

Tout nous sourit dans le bel art des vers, Car tu dis bien, maître François Coppée. Poëme grec, chinois, assyrien, Tout nous est bon, si nulle palissade

Ne vient heurter nos pas. Victorien A pris d'assaut avec une glissade Le noir palais à la triste façade. Pour moi je suis contemplé de travers

Par les vieillards ornés d'abat-jours verts ; Mais je me ris de leur prosopopée, En m'amusant à des rhythmes divers, Car tu dis bien, maître François Coppée.

Chez notre idole être galérien Pour mon plaisir vaut mieux qu'une ambassade, Et tu chéris le luth aérien, Lorsqu'en ce temps réaliste et maussade

Cadet-Roussel tourne au marquis de Sade. Foin des romans compliqués et pervers ! Le sûr moyen d'être mangé des vers Est ce qu'on trouve en leur pharmacopée.

Sur l'idéal gardons les yeux ouverts, Car tu dis bien, maître François Coppée. Aimons la Muse en dépit des revers Comme Rubens les déesses d'Anvers,

Ou bien Néron sa maîtresse Poppée. Pour elle encor j'ai la tête à l'envers, Car tu dis bien, maître François Coppée.

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