Skip to content
1873

Ballade au lecteur, pour finir

Théodore BANVILLE

Gentil lecteur, vide ton verre un peu Et lis encor cette dernière page. J'ai vu briller le front vermeil du Dieu Aux flèches d'or, que nul en vain n'outrage ;

Fou de splendeur, j'ai suivi ce mirage, Et c'est pourquoi je te donne ceci. Vois, ce n'est pas le fait d'un cœur transi, Car en ce temps de fous et de malades,

Grâce à la Muse, et je lui dis merci, J'ai composé mes trente-six ballades. D'autres chanteurs, épris du même jeu, Vers l'âpre cime où s'éveille l'orage

Ont comme moi, sous les éclairs de feu, Cherché longtemps avec un grand courage Ces diamants inconnus à notre âge. Clément Marot, puis La Fontaine aussi,

Après Villon, s'en mêlèrent ainsi ; Mais plus heureux que ces fiers Encelades Ou qu'un mineur qui trouve le Sancy, J'ai composé mes trente-six ballades.

Folâtrement, comme j'en ai fait vœu, Pour ton plaisir j'ai fini cet ouvrage. Avec ta mie errant sous le ciel bleu, Emporte-le dans la forêt sauvage

Où l'herbe pousse, et lisez sous l'ombrage. Au fond du bois par le soir obscurci, Le rossignol tremblant donne le si De Tamberlick dans toutes ses roulades ;

Mais, tu l'entends, moi je leur donne aussi, J'ai composé mes trente-six ballades. Ami lecteur, qui seul fais mon souci, Ne va point dire : Il n'a pas réussi

Même à gravir par maintes escalades Le double mont ; je te répondrais : Si, J'ai composé mes trente-six ballades.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Ballade au lecteur, pour finir · Théodore BANVILLE · Poetry Cove