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1873

Ballade à la louange des Roses

Théodore BANVILLE

Je veux encor d'un vers audacieux Louer la fleur adorable et sanglante Qui dit : Amour ! sous l'œil charmé des cieux ; La fleur qui semble une lèvre vivante

Et qui nous baise, et dont la couleur chante Dans ses rougeurs un bel hymne idéal. Par ce matin vermeil de Floréal, Je veux chanter le calice où repose

L'enivrement du parfum nuptial. Sur toutes fleurs je veux louer la Rose. La Rose ouvrait son cœur délicieux. Dans les sentiers où verdissait l'acanthe

Tu la rougis de ton sang précieux, Reine de Cypre, ô Cypris triomphante ! La violette est sa pâle servante. Le chaste lys près du flot de cristal

Reste épris d'elle, et n'est que le vassal De sa splendeur suave et grandiose, Et l'astre seul croit qu'il est son égal. Sur toutes fleurs je veux louer la Rose.

Sans dérider le Roi silencieux, Vivant rubis, une Rose galante Égaye, au sein du palais soucieux, Les cheveux blonds de la petite Infante.

Et cependant, sans voir son épouvante, Pareil lui-même au sombre Escurial, Son père au front livide et glacial Se tient auprès d'une fenêtre close,

Pâle à jamais de son ennui royal. Sur toutes fleurs je veux louer la Rose. Prince, un divin poëte oriental Chanta jadis pour son pays natal

Ma fleur de pourpre et son apothéose. Tel, après lui, dans un chant triomphal, Sur toutes fleurs je veux louer la Rose.

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