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1884

Anniversaire

Théodore BANVILLE

O mon Maître ! un nouveau printemps, Avec ses souffles palpitants Baise ta chevelure, insigne Comme le cygne.

Tes deux enfants sont dans tes bras ; Et tout ce que tu célébras Vient acclamer ta force élue Et te salue.

Au loin, sous la rumeur du flot, La mer te dit, dans un sanglot : J'ai moins de colère et de rages Que tes orages.

Le bois touffu te dit : J'ai moins D'oiseaux, les cieux m'en sont témoins, Que n'en accueille dans son ombre Ta strophe sombre.

Le ciel, en son tragique effroi, Dit : Ton esprit est, comme moi, Plein de gouffres et de désastres, Mais criblé d'astres.

Le glaive, au chaste éclair d'acier, Te dit : Poëte et justicier, Je suis effrayant, moi le glaive, Moins que ton rêve.

Et la lyre, pleine de voix, Que seul tu touches et tu vois, Murmure : Je suis ta servante Et je m'en vante.

Et les humbles et les petits, Déchirés par leurs appétits, Les groupes cent fois adorables Des misérables ;

Les femmes, si souvent en pleurs, Que tout blesse, comme des fleurs ; Et les cohortes vagabondes, Les têtes blondes ;

Les enfants, dont tu sais les noms, Te disent : Maître, nous venons Louer la douceur infinie De ton génie.

O grand songeur plein de pitié, Par qui le crime est châtié, Terrasse la haine méchante : Vis ! Aime ! Chante !

Marche, auguste, dans ton chemin, Et contre tout glaive inhumain Lève ta main pensive et calme Qui tient la palme !

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