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1884

Adieu

Théodore BANVILLE

Oui, j'aime, jusqu'en ses verrues, Mon cher Paris ; De lui j'aime tout, places, rues, Jardins fleuris ;

Et les quais où la Seine chante, Les jours, les soirs Et l'âpre misère touchante Des quartiers noirs ;

Et ses boulevards gais et vagues, Ce long chemin Où ruisselle, en roulant ses vagues, Le flot humain.

J'aime ses femmes, les duchesses Reines du goût, Et celles-là qui pour richesse N'ont rien du tout.

J'aime ses rousses et ses blondes, Ses clairs salons, Ses théâtres et tous les mondes Où nous allons ;

La mendiante avec son triste Accordéon, Et la petite guitariste, Et l'Odéon.

A Paris, où nul ne s'ennuie, Rien n'est pareil ; J'admire également sa pluie Et son soleil ;

Et jusqu'à son plus mauvais livre, Qui me guérit Ou me caresse, et je m'enivre De son esprit ;

Et sans m'occuper de Wormspire Et de Gogo, Je sais que près de moi respire Victor Hugo.

Et cependant, ô ma pensée ! Pour un moment Tu veux t'enfuir, chaste et blessée, Au firmament ;

Plonger dans le gouffre du rêve Où tout est pur, Voir un Ange essuyer son glaive En plein azur ;

Oublier la terre et ses bouges En tes réveils, Sentir de près battre les rouges Cœurs des soleils ;

Et fuyant la ville connue Et son réseau, Te tremper dans l'eau de la nue, O fauve oiseau !

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