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1875

A vol d'oiseau

Théodore BANVILLE

La Landelle et Nadar sont partis en ballon Par la température Qu'il fait, et cependant, sans eux ici-bas l'on Pond sa littérature.

Oh ! de l'azur, où mille astres exorbitants Te servent de chandelle, Comment vois-tu ce globe écrasé d'habitants ? Dis-le, bon La Landelle.

La Landelle répond : L'aigle fier et moi, nous Avons changé de rôle. Vu de si haut, — car j'ai des soleils aux genoux ! — Dieu ! que Paris est drôle !

Je le croyais peuplé de méchants, de railleurs Et de sots que vont traire Les biches ; à présent qu'un dieu me tire ailleurs, J'y vois tout le contraire.

Sardou, qui veut grandir en un calme repos, Envoie, à la barrière Des Ternes, un sonnet aimable, avec deux pots De lauriers, chez Barrière.

Monsieur de Pontmartin, dont jusqu'ici le cas Fait pourtant qu'on l'évite, Passe pour la douceur Hippolyte Lucas, Cet innocent lévite.

Monselet, — je ne sais pourquoi l'on en jasait ! — Boit de l'eau pure, et jeûne. Tiens, Paul de Kock enfant joue avec Déjazet. Laferrière est bien jeune !

Villemessant s'amende, il dit à Guillemot : Sachez que je vous garde Trente ans, et quand je dis trente ans, c'est au bas mot ; Le reste vous regarde.

Samson est décoré. Dès que l'aurore naît, D'une voix familière Il chante : Je m'étais trompé d'abord ; ce n'est Pas moi qui suis Molière.

Campanule ou muguet, la simple fleur des champs Pare mademoiselle Duverger, et Schneider met, — abandons touchants ! Des bas de filoselle.

Le nouveau nom de Mars est Albine de l'Est ; Déjà Fargueil l'imite. Veuillot pardonne ! et dans un bois, monsieur Ernest Renan s'est fait ermite.

Dieux ! Meyerbeer-Pompée et Rossini-César Ont jeté leurs défroques De haines, et se sont légué tous leurs biens par Testaments réciproques !

Voilà qui va des mieux. Riez, faites les fous ! Paris n'est plus fournaise, Guerre et tumulte. Amis, je suis content de vous Et Nadar est bien aise.

Si c'est ce que tu vois du haut de ton ballon, Encore un élan d'aile ! Monte encore plus haut ! donne un coup de talon ! Monte, bon La Landelle !

Si tu redescendais au pays où Dormeuil Et Cogniard ont leurs toiles, Tu dirais : Je me suis fourré le doigt dans l'œil. Reste dans les étoiles !

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