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1842

À MADAME CAROLINE ANGEBERT

Théodore BANVILLE

Chanter, mais dans le soir sonore Et pour ses amis seulement, Fuir le bruit qui nous déshonore Et le vil applaudissement ;

Brûler, mais conserver sa flamme Pour le seul but essentiel, Être cette espérance, une âme Qui chaque jour s'emplit de ciel ;

Avec une pensée insigne Qui vous berce dans ses éclairs, Vivre, blanche comme le cygne Parmi les flots dorés et clairs ;

Ne rien chercher que la lumière, S'envoler toujours loin du mal Sur les ailes de la prière, Jusqu'au glorieux idéal ;

Sentir l'ode au grand vol qui passe En ouvrant ses ailes sans bruit, Mais ne lui parler qu'à voix basse Dans le silence et dans la nuit ;

Rappeler sa pensée errante Dans les pourpres de l'horizon ; Être cette fleur odorante Qui se cache dans le gazon ;

Telle est votre gloire secrète, Esprit de flammes étoilé, Dont l'inspiration discrète Fait tressaillir un luth voilé !

Ah ! Que la grande poëtesse, Devant les vastes flots déserts Maudissant la bonne déesse, Jette sa plainte dans les airs !

Que la douloureuse Valmore, En arrachant l'herbe et les fleurs, Montre à l'insoucieuse aurore Ses beaux yeux brûlés par les pleurs !

Mais celle qui pourrait comme elles Suivre le grand aigle irrité, Et qui domptant ses maux rebelles Se résigne à l'obscurité,

Celle-là, guérie en ses veines, Sent le calme victorieux Triompher des angoisses vaines ; Et ces êtres mystérieux

Dont l'invincible souffle enchante Ce qui vit et ce qui fleurit, Disent entre eux lorsqu'elle chante : Écoutons-la, c'est un esprit.

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